Aujourd’hui, je m'adresse particulièrement aux jeunes et aux parents et j’aborde une activité parfois sous-estimée, mais incroyablement bénéfique pour nos jeunes joueuses : le jonglage. Trop souvent, on perçoit le jonglage comme une simple technique ou un « skills » de démonstration, alors qu'il s'agit en réalité d'un exercice aux nombreux bienfaits pour le développement global des joueuses, surtout à un âge critique comme celui de 13 à 15 ans. Comme je le citais déjà dans un texte précédent: il n’est peut-être pas obligatoire de savoir faire 100 jongles pour jouer au niveau professionnel, mais toutes les joueuses professionnelles sont capables de faire 100 jongles.
Ce n’est pas un hasard que les club de soccer utilisent de plus en plus le jonglage en activation de leur séance d'entraînement et que des mesures d'évolutions sont prises régulièrement sur cet aspect technique. D’ailleurs, plusieurs études scientifiques se sont penchées sur les bienfaits du jonglage pour l’amélioration du soccer en général. Voyons donc ensemble les principaux avantages du jonglage et ce que la recherche à démontrée.
Le jonglage permet aux joueuses de développer un contrôle avancé du ballon. En jonglant, elles apprennent à ajuster la force et l'angle de chaque touche en fonction du résultat désiré, qu'il s'agisse de garder le ballon à une certaine hauteur, de changer de direction ou de maintenir un rythme. En plus de stimuler la familiarité avec le ballon, cet exercice affine leur sensibilité tactile, en leur permettant de mieux maîtriser chaque point de contact.
Lors des matchs, ces compétences se traduisent par une meilleure qualité de première touche, une rapidité accrue dans le contrôle de balle sous pression, et une capacité à jongler (!) avec les situations de jeu.
Le jonglage est une activité qui sollicite plusieurs sens et parties du corps à la fois, ce qui en fait un exercice idéal pour développer la coordination œil-pied et l'équilibre. Pour maintenir le ballon en l’air, les jeunes doivent constamment ajuster leur posture, leurs appuis, et leur positionnement. Ce processus améliore leur proprioception, ou conscience de leur corps dans l’espace, ce qui est essentiel en situation de jeu.
Chez les jeunes, dont les corps sont en croissance et dont les capacités motrices se développent, le jonglage peut jouer un rôle clé pour renforcer ces habiletés fondamentales. Par exemple, une jeune attaquante qui jongle souvent aura tendance à être plus stable lorsqu’elle doit dribbler ou tirer en déséquilibre, ou lorsqu’elle affronte un défenseur qui tente de la déstabiliser physiquement. Déjà, dans un étude de 2007, Rasool & George1 faisaient la démonstration que les exercices qui sollicitent la coordination œil-pied, comme le jonglage, améliorent la proprioception et la coordination motrice globale chez les jeunes, leur permettant de mieux ajuster leur positionnement corporel et d’augmenter leur contrôle en situation dynamique.
Le jonglage est aussi un exercice mental. Il demande une attention constante et une grande concentration, car chaque toucher de balle influence le toucher suivant. Pour les jeunes, cette activité peut parfois être frustrante au début, mais elle leur apprend la patience et la persévérance.
En se fixant des objectifs, qu’il s’agisse d’atteindre un certain nombre de jongles ou de réussir une série de touches alternées, elles apprennent à gérer la frustration et à développer une meilleure résilience. (Gucciardi & Gordon, Journal of Applied Sport Psychology, 2009)2. Dans le match, on peut penser qu’une joueuse qui a acquis une bonne concentration et résilience en jonglant sera plus apte à rester engagée et calme sous la pression, même après une erreur ou un moment difficile pendant un match.
Il est très gratifiant pour une joueuse de voir ses efforts en jonglage porter leurs fruits. Lorsque les joueuses atteignent de nouveaux records ou parviennent à réaliser une série de touches fluides, elles gagnent en confiance en leur capacité technique. Cette confiance est cruciale pour les athlètes, surtout en jeune âge où elles sont souvent sensibles aux critiques ou au regard des autres.
Le jonglage leur offre un moyen simple de mesurer leur progression personnelle sans jugement externe, car il n’est pas nécessairement comparatif. Une joueuse confiante dans ses habiletés techniques aura tendance à prendre plus d’initiatives en match, que ce soit pour dribbler, tenter une passe risquée ou prendre un tir. Le jonglage peut donc leur offrir un fondement solide pour s'affirmer davantage sur le terrain. (Horn, Advances in Sport Psychology, 2008).
En jonglant, les jeunes joueuses apprennent à explorer et à improviser avec le ballon. Elles peuvent tenter des jongles avec différentes parties du corps, comme les genoux, les épaules, et même la tête, pour élargir leur répertoire technique. Elles peuvent également tenter de reproduire toutes sortes de trucs qu’elles ont vu dans des vidéos sur le net. Cela favorise non seulement leur créativité, mais aussi leur capacité d’adaptation à des situations imprévues en match. (Memmert & Roth, Journal of Sports Sciences, 2007).
En encourageant les jeunes à explorer divers styles de jonglage, on peut donc favoriser l'émergence de joueuses capables de réagir de manière inventive, un atout considérable en situations de jeu où elles doivent dribbler ou effectuer une passe inattendue.
Cela dit, j’entends déjà le même discours sceptique que sur la technique de balle: “ Comme le jonglage n’est pas un exercice global, le transfert des progrès vers un vrai match de soccer doit être limité ! ” Vous avez probablement remarqué comment je m'emploie, depuis le début de ce texte, à défaire cette croyance en faisant des liens entre les bénéfices du jonglage et les situations de match.
Et ce n’est pas que moi. Comme les auteurs l’expliquent dans Talent identification and development in soccer, les compétences techniques répétitives, comme le jonglage, contribuent au développement d'une mémoire musculaire efficace. Cette mémoire facilite le transfert des habiletés motrices spécifiques à des situations de jeu, notamment dans les actions qui exigent un contrôle de balle rapide sous pression.4 C’est une référence que je n'avais pas découverte lors de la rédaction de mon texte sur la technique de balle, mais qui pourrait tout autant s’y appliquer.
Conclusion
Je pense donc des plus intéressant d’intégrer le jonglage dans la routine de soccer d’une joueuses et ce, autant en préparation de l'entraînement que comme entraînement en soi à la maison. Pour les coachs qui désirent maximiser les bienfaits du jonglage, voici quelques façons de l’intégrer aux entraînements :
Échauffement avec jonglage : Encouragez les jeunes à commencer chaque séance par 5 à 10 minutes de jonglage. Cela les aide à se concentrer et à se connecter avec le ballon avant de commencer les exercices plus dynamiques.
Défis de jonglage : Proposez des défis personnalisés, comme atteindre un certain nombre de touches sans que le ballon tombe ou en utilisant un pied particulier. Les défis de groupe ou les concours amicaux peuvent aussi stimuler leur motivation.
Progression par niveau : Commencez par des jongles simples avec un pied, puis encouragez-les à essayer des séquences plus complexes, comme alterner les pieds ou intégrer d’autres parties du corps. L'objectif est de les amener à diversifier leurs touches.
Mais j’ai encore mieux à vous offrir ! J’ai ajouté une page avec des défis de jonglage dans la section Séance d’exercice de mon site internet. De plus, j’ai aussi ajouté un onglet Jonglage dans la Fiche de résultat du Challenge technique. Vous pouvez donc maintenant vous lancer vous-mêmes des défis afin de progresser dans cet aspect de votre soccer.
Vous n’avez plus d’excuses ! À l'entraînement ! Et amusez-vous ! :)
24 novembre 2024
Rasool, J., & George, K. (2007). "The impact of motor skill training on coordination and balance in children." Sports Medicine and Physical Fitness, 47(4), 506-511.
Gucciardi, D. F., & Gordon, S. (2009). "Developing mental toughness in youth sport: A qualitative exploration of resilience-building methods." Journal of Applied Sport Psychology, 21(3), 299-312.