Aujourd’hui, on va faire un peu de science ensemble, et ce, sur un thème qui nous rejoint tous: le temps que passent nos jeunes sur un écran. Mais plus précisément, l’effet de ce temps d’écran sur le sport de nos enfants. Après tout, c’est un blogue de coach ici ! 😀
Du point de vue personnel, nous sommes probablement l’une des familles les plus restrictives dans notre entourage sur le temps d’écran. Les iPads de nos deux filles ont des limites de temps d’utilisation quotidienne relativement basses (entre 30min et 1h), les périodes d’utilisation sont contrôlées et nous sommes rapides à les retirer lorsque c’est un enjeu. À 12 ans, Charlie n’a pas de téléphone cellulaire, ce qui semble une exception dans son cercle d’amis.
C’est notre choix et j’ai toujours eu la conviction que cela aurait un effet positif sur les performances scolaires, sportives et même sociales de nos enfants. D'ailleurs, on sait déjà depuis quelques années qu’un temps d’écran élevé a des effets sur l’anxiété, le bien-être psychologique, la capacité de rester calme, celle de terminer une tâche et la propension aux conflits chez les enfants. (Twenge & Campbell, University of Georgia, 2018).
Mais, de manière plus précise, qu’en est-il de l'effet des écrans sur la capacité de nos jeunes joueuses à devenir de futurs Alex Morgan ou Stéphanie Labbé ? Qu’en est-il de l’effet du “scrolling” sur la capacité de nos jeunes de devenir des athlètes performants à long terme, ou de simplement bien performer à leur prochain match ? “La science peut tout !” dirait le professeur Bucella et la science s’est récemment penchée sur cette question. Voyons donc ce qu’elle a à dire.
À l'ère où l'utilisation du téléphone portable est presque omniprésente chez les jeunes, les inquiétudes concernant son impact sur le développement se multiplient dans le monde de la science et du sport. Le temps d’écran défini comme « excessif » (plus de 5h par jour en dehors du travail scolaire - Common Sense Media, 2020) est de plus en plus courant chez les jeunes. En fait, une étude publiée dans le Journal of Pediatrics a révélé que les adolescents passent en moyenne 7,5 heures par jour devant un écran (Rideout et Robb, 2019).
Et avec ce phénomène naît un problème: ces habitudes semblent éroder la capacité à développer un état d’esprit de haute performance, un aspect essentiel pour exceller dans les sports de compétition. Des recherches menées par le Child Mind Institute suggèrent qu’un temps d’écran excessif peut entraîner une mauvaise qualité du sommeil, des difficultés de concentration et une augmentation des niveaux d’anxiété et de dépression (Child Mind Institute, 2020). Tous ces éléments peuvent constituer des obstacles au développement de la force mentale, de la persévérance et de l’orientation vers des objectifs – des éléments essentiels de l’état d’esprit de haute performance nécessaire pour le sport. Une étude de Huang et al. (2020) vient, quant à elle, renforcer cet argument. Ils ont constaté qu’un temps d’écran élevé était lié à une baisse de la condition physique chez les enfants et les adolescents, ce qui nuit directement aux performances sportives.
En revanche, les personnes qui réduisent leur utilisation du téléphone ont tendance à être plus performantes dans le sport. Elles sont généralement plus actives physiquement, ont de meilleures habitudes de sommeil et font preuve d'une concentration et d'une attention améliorées (Huang et al., 2020). De plus, un temps d'écran réduit permet de consacrer plus de temps à la pratique délibérée, un facteur clé pour la maîtrise du sport (Ericsson, Krampe et Tesch-Römer, 1993). La pratique délibérée, l'exercice ciblé et axé sur un objectif, est renforcée par les avantages mentaux et physiques d'un temps d'écran réduit.
La science est donc éloquente : passer trop de temps devant son écran est un obstacle au développement d’un état d’esprit de haute performance dans le sport. La capacité d’attention, l’humeur, le sommeil, la concentration et bien d’autres choses encore sont tous affectés négativement. Réduire le temps passé devant un écran peut améliorer la condition physique, améliorer le bien-être mental et donner plus de temps à la pratique délibérée.
D'ailleurs, plusieurs athlètes de haut niveau minimisent intentionnellement leur temps passé devant un écran. LeBron James a parlé publiquement de son black-out annuel des réseaux sociaux « Zero Dark Thirty » pendant les séries éliminatoires de la NBA afin de maximiser sa concentration et minimiser les distractions (Sports Illustrated, 2021). Rory McIlroy, l'un des meilleurs golfeurs, a souvent souligné l'importance de se déconnecter des écrans pour maintenir la clarté mentale. De même, la légende du tennis Serena Williams fait périodiquement des pauses sur les réseaux sociaux, consacrant son temps à l'entraînement et à sa famille. Ces exemples sont une preuve convaincante des avantages d'un temps d'écran réduit pour les prouesses sportives.
Ceci dit, qu’en est-il des effets plus immédiats des écrans sur la pratique sportive ?
De manière générale, se tourner vers un écran pour se distraire sans réfléchir en attendant quelque chose est une habitude quasi universelle. Cela inclut, pour beaucoup de joueuses, un peu de détente avant une pratique ou un match de soccer. Et bien que cela puisse vous faire oublier le stress de la compétition à venir, cette habitude peut vous coûter cher à d’autres égards.
De nombreuses études portant sur plusieurs sports montrent que passer du temps devant un écran avant l’activité physique peut avoir un effet néfaste sur les performances sportives. Ces effets vont de réactions plus lentes à une fatigue mentale accrue et une mauvaise prise de décision.
Dans une étude publiée en 2019 dans Psychology of Sport and Exercise, les chercheurs se sont demandés quel impact l’utilisation des écrans avait sur les joueurs de soccer professionnels. Les conclusions sont simples. Alors que 15 minutes d’utilisation n’ont pas eu d’effet significatif, ils en est tout autre pour tout ce qui dépasse 30 minutes. Au bout d’une demi-heure, l’exposition à l'écran a provoqué une fatigue mentale mesurable, ce qui a altéré les performances des joueurs dans les tâches psychomotrices, comme les passes.
De plus, selon une étude de 2021 publiée dans Applied Neuropsychology, l’utilisation des médias sociaux et les jeux vidéo entraînent une diminution de la performance en matière de prise de décision et de puissance explosive.
Une étude similaire réalisée en 2023 auprès de joueurs de soccer professionnels a également montré que jouer à des jeux vidéo avant un match entraînait une fatigue mentale et une diminution de la prise de décision.
Une étude de 2022 dans Perceptual and Motor Skills a montré que la fatigue mentale causée par 30 minutes d’utilisation d’Instagram avant de jouer diminuait les compétences visuo-motrices chez les joueurs de volley-ball masculins de haut niveau.
Une étude de 2021 dans la même revue utilisant des athlètes récréatifs des deux sexes a montré que l’utilisation des médias sociaux les rendait plus fatigués. Il a également montré que la perception de la fatigue entraînait une réelle diminution des performances qui ne pouvait pas être expliquée par des causes physiologiques.
Une autre étude, menée en 2020 auprès de nageurs de haut niveau, hommes et femmes, a également montré une augmentation de la fatigue mentale et une diminution des performances après 30 minutes d’utilisation des médias sociaux.
Dans un rapport d’un groupe réputé d'entraîneurs et de scientifiques du sport malaisiens, les chercheurs ont procédé à un recensement des études sur le sujet, et ont découvert que les performances sportives, et particulièrement les performances qualifiées, étaient affectées négativement par les jeux vidéo, le défilement des médias sociaux et d'autres utilisations de l'écran. Les détails de l'article sont intéressants à plusieurs égards. Entre autres observations :
L'étude a révélé que la motivation n'avait pas réellement diminué suite au temps passé sur l’écran, mais que la perception de l'effort avait augmenté. Bref, le joueur avait toujours l’intention et l’impression de jouer à fond alors que ce n’était objectivement pas le cas sur le terrain.
La vitesse d'exécution des tâches n'a pas été affectée, mais les niveaux de compétence l'ont été. Par exemple, les joueurs de soccer ont fait le même nombre de passes lorsqu’ils étaient fatigués, mais ont fait plus d’erreurs et moins de passes parfaites.
Les défenseurs de soccer ont enregistré le même nombre total de “tackles”, mais un nombre significativement inférieur de réussites.
Les joueurs de soccer étaient moins conscients de l'endroit où se trouvaient leurs propres coéquipiers sur le terrain par rapport à leurs adversaires en raison d'une moins bonne « stratégie de balayage visuel ».
Au basket-ball, les pertes de balle ont augmenté et au tennis de table, davantage de fautes ont été commises.
En général, la capacité de prise de décision a été affectée négativement de plusieurs manières différentes.
On estime que les effets négatifs des écrans sur les performances durent un certain temps, soit de l’ordre de 60 à 135 minutes.
Pas de surprise ici: moins d’écrans pour nos jeunes ne peut que faire un bien, autant à leur santé mentale qu’à leurs performances sportives. Je ne suis évidemment pas un scientifique du sport et vos conclusions peuvent être aussi valables que les miennes, mais voici plus spécifiquement ce que je retire personnellement de l’ensemble de ce que j’ai lu sur le sujet:
De manière générale et en excluant les besoins scolaires, on ne devrait pas laisser nos jeunes sportives passer plus d'une heure par jour sur leur écran. Au-delà de ça, on augmente les risques d’éroder la capacité à développer un état d’esprit de haute performance, un aspect essentiel pour exceller dans les sports de compétition en plus de réduire le temps qui pourrait être consacré à la pratique délibérée.
Si une jeune joueuse souhaite performer le mieux possible dans son match ou son entraînement (ce qui devrait toujours être le cas), elle devrait s’abstenir de passer plus de 15 minutes devant son écran dans les deux heures précédant l'événement.
En terminant, je veux dire aux joueuses qui souhaitent se "libérer l’esprit" avant un match que plusieurs options qui n'épuiseront pas leurs capacités cognitives avant la compétition s’offrent à elles. La jonglerie, la méditation pleine conscience ou la synchronisation cardiaque ne sont que des exemples éprouvés de techniques gagnantes.
Et aux parents qui trouvent difficile de séparer leur enfant de l’écran, vous savez maintenant combien cela en vaut la peine pour leur avenir sportif et social.
Et, dans le sport comme dans la vie, tout ce qui en vaut la peine est toujours difficile.
10 novembre 2024