En effectuant des recherches sur des citations inspirantes de soccer, je suis tombé sur celle-ci (en anglais, évidemment).
J’ai trouvé l’idée intéressante et elle me trotte dans la tête depuis ce temps. On peut argumenter à savoir si le travail d’un entraîneur à beaucoup, peu ou pas d’impact sur le développement de la technique chez un jeune, mais ce n’est pas ce qui m’a interpellé dans cette citation du milieu récupérateur irlandais.
Non, ce qui m’intéresse ici est plus simple et, en conséquence, plus beau: l’idée qu’un enfant puisse tomber amoureux de son ballon. Et de cette idée, il n’a fallu que quelques instants pour que mon esprit développe un concept, un profil, un portrait, qui se raffine de plus en plus avec le temps et que je vais tenter (bien maladroitement, j’en ai peur) de vous dessiner ici: Les amoureuses du ballon.
Dans mes années de coaching au soccer, j’ai eu la chance de ne coacher que des joueuses qui aimaient le sport. Certaines pour l’esprit d’équipe, d’autres pour le jeu en lui-même, certaines autres (plus rares) pour la pure compétition; de manière générale, toutes aimaient le soccer. Mais, rétrospectivement, je constate que, dans chacune de mes équipes, il a toujours existé un petit groupe de joueuses pour qui l’amour du soccer allait plus loin. Ce sont celles que j’ai appelé (faute de mieux): les amoureuses du ballon rond et que l’on peut reconnaître parmi les autres… quand on sait quoi regarder.
On pourrait penser qu’une amoureuse du ballon rond sera toujours la première arrivée à la pratique mais ce n’est pas toujours le cas. En jeune âge, les athlètes sont généralement tributaires de l’horaire de leurs parents. Par contre, dès qu’une amoureuse du ballon est sur le terrain, elle se mettra toujours à jouer avec son ballon. Pendant que ses coéquipières papotent et rigolent en attendant le début de la pratique, elle, elle tire au but, fait des jongles, pratique son passement de jambe ou la dernière figure qu’elle à vue sur TicToc. Bien sûr, elle papote et rigole également comme les autres jeunes de son âge. Mais elle le fait en jouant avec son ballon. Et une fois la pratique terminée, l’amoureuse du ballon ne sort pas du terrain voir ses parents. Elle retourne botter des ballons au but, encore et encore, jusqu’à ce que ses parents lui crient pour la dixième fois qu’il faut y aller maintenant. Vous en connaissez ?
Il est dans la nature même d’un tournoi de soccer de jouer plusieurs parties dans la même journée. Et il est habituel d’avoir plusieurs heures de pause entre deux matchs. Et nous profitons de ces moments pour manger, relaxer et refaire le plein d’énergie en vue du prochain match. Mais pas l’amoureuse du ballon, non. Elle, elle joue avec son ballon. Elle tire au but, fait des jongles, pratique son passement de jambe, son tour du monde ou la dernière figure qu’elle à vue sur TicToc. C’est à cause d’elle que nous avons dû obliger nos joueuses à retirer leurs souliers à crampons entre les matchs. Afin de les obliger à se reposer. Qu'à cela ne tienne, l’amoureuse du ballon jouera nu pied et on devra lui répéter sans cesse de se relaxer, de se tenir loin du soleil, de ne pas oublier de manger… Et le soir venu, après avoir joué deux ou trois matchs sous le soleil, elle se fera un dernier petit match amical avec tous les volontaires présents afin de bien finir la journée.
Parfois, on fait des activités d’équipe ou on rassemble simplement quelques familles de soccer et on va voir des matchs d’un niveau plus élevé. Outre le plaisir de la chose, l’idée est que les jeunes apprennent en regardant jouer meilleures qu’elles. Et ça fonctionne généralement bien… pendant les 20 premières minutes. Il suffit qu’une des filles repère un balle, et les amoureuses du ballon sont partie pour un tour à faire des passements de jambes, des sombreros et des jongleries diverses, n’ayant plus pour le match qu’un regard succinct lorsque les bruits de la foule leurs indiquent qu’il se passe quelques chose de remarquable. À la mi-temps, elles vont s’emparer du but pour faire des tirs et il va falloir l’intervention de l’arbitre pour les faire sortir du terrain à la reprise.
Ça m’a fait sourire. Au dernier tournoi de Alice, je n’étais pas entraîneur, mais simplement parent-spectateur. Dans une fin de semaine de 3 jours, l’équipe de Alice a joué deux matchs le samedi, deux matchs le dimanche et un match de finale le lundi matin. Chose à noter, elles ont gagné le tournoi. Après les cris de joie, les accolades, les félicitations et les chants sur le terrain, quand la petite joueuse à côté à dit à sa mère avec un grand sourire: “ Est-ce que je peux aller faire des botters ! ”, je n’ai pu m'empêcher de sourire en me disant: C’est ça, une amoureuse du ballon.
Je pense important de mettre des mots sur cette idée qui me trotte dans la tête depuis un certain temps car les amoureuses du ballon ne sont pas une catégorie de joueuses que l’on rencontre si souvent. On me contestera en cas de désaccord, mais je pense beaucoup plus rare qu’une groupe de filles en jeune âge se rassemble pour aller botter des ballons dans le but de l’école du quartier que ça l’est chez les jeunes garçons. Je pense que les parents doivent supporter cet amour qui est déterminant dans le développement de leur jeune joueuse. Plus déterminant, si l’on se fie à Keane, que les conseils techniques de leur entraîneur. Comment ? En les laissant jouer librement. En favorisant les occasions de côtoyer leurs coéquipières et, surtout, en les laissant jouer avec un ballon, sans règle, sans encadrement, sans adulte. Juste les laisser jouer comme on le ferait si elles manipulaient des poupées, ou une pelle et un sceau sur la plage. Juste les laisser jouer.
Et après m'être adressé aux parents, j'ai également un petit conseil pour les entraîneurs: je pense bénéfique de d'aménager un espace, avant ou après la pratique, pour que vos joueuses puissent simplement jouer à mesure qu'elles arrivent. Mais surtout, je crois essentiel de résister à l’envie d’utiliser ce temps pour leur imposer des exercices formels sous la prétention que c’est une meilleure utilisation de leur temps de soccer.
Enfin, je pense bien avisé de repérer les amoureuses du ballon rond dans les séances de sélections et d’en tenir compte dans votre choix de joueuses. Car je suis intimement persuadé que, quel que soit le niveau, vous ne pouvez pas avoir une bonne équipe sans un bon noyau d’amoureuses du ballon.
29 septembre 2024