On croit souvent que la réussite d’une équipe dépend surtout du nombre de « bons éléments » qui la composent. Plus on a de talents, plus on performe…
Vraiment ? La science raconte une autre histoire...
En 2006, le chercheur Will Felps (Université de Washington, alors en Australie pour un projet de recherche) a mené une expérience étonnante. Pendant plusieurs semaines, il a formé des groupes d’étudiants, quatre par équipe, et leur a donné 45 minutes pour résoudre des problèmes de gestion. À la clé : un prix de 100 $ pour l’équipe la plus performante.
Ce que les participants ignoraient, c’est que certains groupes comptaient un acteur infiltré, chargé de jouer le rôle d’un « mauvais élément » (bad apple). Cet acteur devait adopter un comportement bien précis :
📱 L’indifférent — celui qui ne s’implique pas, qui s’affale sur sa chaise et regarde son téléphone au lieu de participer.
😏 Le sarcastique — celui qui lance des remarques méprisantes ou moqueuses : « T’es sérieux ? » ou « On voit que t’as jamais géré une équipe… ».
😔 Le pessimiste — celui qui doute de tout, convaincu que l’équipe n’y arrivera pas : « C’est impossible », « On n’a pas les compétences ».
Résultat : même quand les trois autres membres étaient motivés, compétents et de bonne volonté, la simple présence d’un seul perturbateur faisait chuter la performance du groupe de 30 à 40 %.
Pire encore : non seulement les résultats étaient moins bons, mais l’ambiance générale se détériorait. Les étudiants motivés perdaient graduellement leur énergie et leur engagement. Les échanges devenaient plus secs, la créativité s’effaçait, et l’efficacité s’effondrait.
En clair : il suffit d’un seul maillon faible pour plomber toute une équipe.
Les chercheurs ont observé que les comportements négatifs sont « contagieux ».
L’indifférence d’un membre décourage les autres de s’investir à fond.
Le sarcasme installe une peur de se tromper et réduit la prise d’initiative.
Le pessimisme mine la confiance collective et pousse à l’abandon.
Bref, les émotions négatives se propagent plus vite que les positives. Même une équipe pleine de talents finit par se saboter si l’atmosphère est toxique.
On imagine souvent que le rôle d’un entraîneur ou d’un gestionnaire RH est de « booster » les meilleurs. Mais l’étude de Felps montre que la priorité est ailleurs : il faut d’abord neutraliser les éléments qui détruisent la dynamique de groupe.
Ce n’est pas toujours une question de compétence technique. Un joueur ou un employé peut être très bon individuellement, mais si son comportement mine la cohésion, le coût collectif devient énorme.
En revanche, une équipe « correcte », sans génies, mais soudée et positive, a bien plus de chances de performer qu’une équipe remplie de stars mais polluée par un mauvais esprit.
Dans l’entreprise : un collègue toxique peut coûter plus cher qu’un employé peu productif, car il entraîne les autres vers le bas.
Dans le sport : un seul joueur qui râle, se moque ou boude peut faire perdre l’énergie de toute l’équipe.
Pour les coachs et managers : repérer rapidement les attitudes négatives, les recadrer ou, au besoin, les écarter, est essentiel.
Cette étude est particulièrement parlante pour nous, coachs. On peut avoir la meilleure préparation tactique et technique, mais si l’ambiance est minée par une joueuse désengagée ou trop négative, le rendement collectif en souffrira.
Le message est clair : mieux vaut une équipe soudée et motivée qu’une équipe de talents dispersés.
Notre rôle, ce n’est pas seulement de former des athlètes performantes, c’est aussi de protéger la dynamique de groupe. Créer un climat positif, encourager les comportements constructifs et intervenir vite quand quelque chose dérange.
On dit souvent que « l’union fait la force ». L’étude de Will Felps le prouve scientifiquement. Une équipe n’est pas la somme de ses talents individuels, mais le reflet de son atmosphère collective.
Alors, que ce soit au travail, à l’école ou sur un terrain de sport, souvenons-nous :
👉 Les fortes personnalités brillent d’elles-mêmes. Mais une seule attitude toxique peut éteindre toute l’équipe.
En tant que leaders, notre mission est double : soutenir les forces… et surtout, éviter que le « mauvais fruit » ne pourrisse le panier entier.
25 novembre 2025
Référence : Felps, W., Mitchell, T. R., & Byington, E. (2006). How, when, and why bad apples spoil the barrel: Negative group members and dysfunctional groups. Research in Organizational Behavior, 27, 181–230.